Il y a sept ans, mon amie Marie-Ève Fontaine faisait une résidence d’artiste dans l’ancienne maison d’été de Gabrielle Roy, à Petite-Rivière-Saint-François, au bord du fleuve Saint-Laurent. J’habitais alors à Québec et elle a accepté que je m’immisce quelques jours dans son espace créatif, qui a été celui de notre chère Gabrielle. On a fait des randonnées, on a cueilli des fleurs, on a fait disparaître une couple de bâtonnets de pastel, on a jasé littérature, j’ai bu du café et Marie-Ève du thé. On a toutes les deux bu du gin, en se laissant bercer par la balançoire de celle qui nous avait menées jusque là.
Petite-Rivière est belle comme tout, avec ses ciels vifs parfois teintés de roses et de jaunes presque impossibles. Ses forêts, ses eaux et son infrastructure créent des sons qui surprennent. Son monde est fier et généreux. Je suis, comme Gabrielle Roy et Marie-Ève Fontaine, tombée amoureuse du lieu et j’y suis souvent retournée.
C’est ce lieu-même qui se déguise en personnage principal dans le spectacle Cet été qui chantait, présenté au Théâtre Cercle Molière. À vrai dire, la pièce refuse à sa manière le « trop vrai » et l’arc narratif traditionnel – oublions les intrigues, le dénouement et toutes ces affaires-là! Elle repose plutôt sur un univers qui a décidément touché et inspiré une grande écrivaine. La reproduction de cet univers nous invite à voir et à ressentir, en dose plus petite (soit 75 minutes), certaines des mêmes choses qu’elle.
Dès la première scène, on aperçoit Gabrielle Roy (jouée par Marie-Ève Fontaine) arriver au chalet. Pendant plusieurs minutes, elle s’imprègne des détails qui l’entourent et elle prend tout son temps pour trouver ses aises et défaire sa valise. Elle place la table de cuisine où elle la veut, elle déplie une nappe et l’étale sur la table. Elle respire. Elle regarde. Elle remarque. Le ton est donné : « Cette pièce sera lente, habitue-toi. »
Puisque ralentir c’est aussi savourer, le spectateur qui se plie au rythme a droit à tout un plateau de sucreries théâtrales servies par une équipe experte. Celle-ci s’est tournée vers une variété de supports pour recréer l’atmosphère de Petite-Rivière : jeu de marionnette, d’acteurs (Natalie Labossière), jeux d’ombres et de lumière, art visuel, musique et paysages sonores sur scène (Gérald Laroche). Il m’en manque, c’est certain.
Voici une liste non exhaustive des petites merveilles auxquelles je me suis accrochée pendant le spectacle : coassement des grenouilles, lucioles, bleu, boîte à malle, bateau invisible, la gatte de Monsieur Émile, une visiteuse, tchou-tchou, yeux brillants, chants d’oiseaux, rires, quelques bouquets. Même si le vent existait seulement sous les sifflements de Gérald Laroche, je jurerais l’avoir senti, aussi, sous les poils de mes bras.
Vite, rendez-vous au Théâtre Cercle Molière! Vous avez jusqu’au 24 janvier pour découvrir le monde intime d’une autrice d’ici.
-Katrine Deniset
Mise en scène : Pierre Robitaille
Décor : Denis Duguay
Jeu : Marie-Ève Fontaine et Natalie Labossière
Musique et paysages sonores : Gérald Laroche
Régie : Sarah Gagné

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